Face à une « désinformation massive » qui « altère la confiance dans les institutions » et « fragilise la démocratie », la ministre de la santé Stéphanie Rist a présenté le 12 janvier la « Stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé ».
Cette initiative s’appuie sur les travaux remis le même jour par trois experts : Mathieu Molimard, pharmacologue au CHU de Bordeaux, Dominique Costagliola, biostatisticienne, et Hervé Maisonneuve, médecin de santé publique.
Missionnés en 2025, par le prédécesseur de Stéphanie Rist, Yannick Neuder, les auteurs ont interrogé 270 acteurs – agences sanitaires, établissements de santé, mutuelles, chercheurs, associations, médias – pour dresser un état des lieux.
Le constat est sévère : « Une littératie scientifique déficiente, un esprit critique insuffisant, la viralité numérique et la diffusion organisée de contenus trompeurs » alimentent le phénomène. Ses conséquences ne sont pas théoriques : « Retour de maladies que l’on pensait éradiquées, hausse de la mortalité infantile, baisse de l’espérance de vie », alerte le rapport.
Quatre axes retenus par le ministère
Le rapport proposait neuf recommandations articulées autour de six piliers (éducation, formation, information, détection, sanctions, recherche). La ministre en retient quatre axes.
Le premier vise à renforcer le dialogue avec la société civile : associations, collectifs de soignants, journalistes scientifiques, influenceurs, enseignants. « Il s’agit de passer d’une logique descendante à une mobilisation horizontale, pluraliste et durable », indique le ministère. Un comité citoyen planche déjà sur des propositions, attendues pour le 18 février.
Deuxième axe : la création d’un observatoire de la désinformation en santé, présenté comme « le point d’entrée public de l’information fiable ». Sa gouvernance reste à définir.
Troisième volet : un dispositif d’« infovigilance » opérationnel fin janvier, chargé de « détecter les fausses informations en temps réel », d’en analyser les ressorts et de « diffuser une réponse fiable ». Ces contenus seront relayés sur les réseaux sociaux, via YouTube Shorts, TikTok (« Le Check-up ») et Santé.fr.
Enfin, le ministère veut « bâtir un socle de confiance » par l’éducation critique à la santé. Des kits pédagogiques pour enseignants et enfants sont en préparation. La régulation des plateformes, elle, relève du cadre européen (DSA).
Certaines propositions du rapport ont été écartées : sanctions contre les désinformateurs, protection renforcée des scientifiques, ou encore l’« info-score santé » inspiré du Nutri-Score. « Pouvons-nous mettre une note à une information ? » s’est interrogée Stéphanie Rist, lors de la présentation de sa stratégie, jugeant le dispositif prématuré, tout en saluant « la transparence et le sourcing » qu’il impliquait.
La recherche n’est pas oubliée : l’infodémiologie devrait être intégrée dans les programmes en cours.
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