Le vélo trace sa route !

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C’est un sprintspectaculairedans le paysage d’une France ralentie par la crise sanitaire. En 2020, le marché du cycle a progressé de 23 %, atteignant le chiffre d’affaires record de plus de 3 milliards d’euros, selon l’Union sport et cycle, principale fédération professionnelle du secteur. Les vélos à assistance électrique ou haut de gamme ont tiré les ventes. Dans le même temps, 2 millions de petites reines sont sorties des garages et se sont refait une beauté dans le cadre de l’opération nationale « Coup de pouce vélo » qui a subventionné durant un an tout ou partie des réparations. Ainsi, la pratique cyclable des Français a augmenté de 30 % en moyenne entre début 2019 et début 2021, selon les comptages effectués par l’association Vélo et territoires, qui regroupe une centaine de collectivités locales.

Le Covid-19 a bien sa part dans cette envolée. « Alors que les salles de sport étaient fermées, les déplacements contraints et le masque obligatoire sauf en selle, beaucoup de gens ont eu recours au vélo pour leur santé et pour se faire plaisir, explique ­Olivier Schneider, président de la FUB (­Fédération française des usagers de la bicyclette). Et ils ont découvert son efficacité. C’est le moyen de transport le plus rapide pour les trajets urbains de moins de cinq kilomètres. Et au-delà, avec les vélos à assistance électrique. »

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Du provisoire au permanent

Autre élément lié à la crise sanitaire : les « corona­pistes1 », ces aménagements provi­soires mis en place en urgence au ­printemps 2020 pour encourager le recours au vélo. « Le but était d’empêcher que les personnes évitant les transports en commun à cause de l’épidémie se reportent massivement vers la voiture individuelle et provoquent une embolie routière. La bicyclette s’est imposée alors comme un geste barrière dans les déplacements du quotidien », rappelle Élodie Trauchessec, chargée des mobilités émergentes à l’Ademe. Un an après, 87 % des collectivités locales qui ont ouvert des coronapistes disent vouloir les ­pérenniser ou les étendre. Et une collectivité sur cinq affirme que la crise sanitaire a joué un rôle dans la mise en place d’un « schéma directeur cyclable », c’est-à-dire un plan d’ensem­ble de sa circulation vélo. « On n’a jamais vu autant de pistes cyclables créées en aussi peu de temps, se réjouit Catherine Pilon, secrétaire générale du Club des villes et ­territoires cyclables qui a recueilli ces chiffres. D’habitude, il faut les expertiser, les discut:lqsjkca=LKDJer, cela peut prendre des années. Là, on a tracé du jaune sur le sol et on a re­gardé si ça fonctionnait à l’usage. » Ces expérimentations ont parfois disparu sous la pression d’automobilistes mécontents de voir leur espace de circulation restreint ou contraint. Mais dans la majorité des cas, elles ont survécu, souvent après avoir été améliorées suite au retour d’expérience des cyclistes. Conséquence : 8 000 nouveaux kilomètres d’aménagements ont été référencés en France depuis le déconfinement de mai 2020 par l’entreprise Geovelo. Sur un total d’environ 51 000 kilomètres en mai 2021.

« La crise n’a pas créé l’engouement pour le vélo, elle l’a accéléré, explique ­Frédéric Héran, économiste des transports et urbaniste à l’université de Lille2. Le début de cet essor remonte au milieu des années 1990 avec, en 1994, la relance d’une politique natio­nale du vélo. Depuis, beaucoup de villes ont suivi, cherchant d’abord à pacifier leurs centres encombrés d’autos. Les modes de déplacement évoluent les uns par rapport aux autres. Quand on fait reculer la voiture, le vélo progresse. » Des grandes villes ont ainsi eu des politi­ques volontaristes : ­Bordeaux, Chambéry, ­Grenoble, La Rochelle, Montpellier, Nantes, Rennes, Strasbourg… Avec, comme ­résultat pour certaines, plus de 15 % des déplacements à bicyclette en centre urbain, quand la part modale du vélo au niveau national est de 3 %. Outre l’améliora­tion et la pacification de l’environnement urbain, l’autre objectif affiché est de lutter contre la pollution de l’air due au trafic routier. Mais l’événement marquant des deux dernières années, c’est l’entrée dans la course des villes moyennes et des zones péri­urbaines, phénomène accéléré lui aussi par la crise sanitaire. Après avoir longtemps stagné, les territoires périurbains ont ­enregistré ainsi la plus forte augmentation de pratique cyclable entre 2019 et 2021 : +34 % (+28 % pour les centres urbains et +21 % pour le rural).

Alain C.

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Une très bonne nouvelle pour Élodie ­Trauchessec. « En 2018, avec le plan ­national vélo, la France s’est donné comme objectif d’atteindre 9 % des déplacements du quotidien avec ce mode de transport d’ici à 2024, explique-t-elle. C’est ambitieux et impossible à atteindre avec les seules métro­poles. Tous les territoires ont intérêt à accroître la part du vélo pour la santé des habitants, leur pouvoir d’achat et pour contri­buer à la lutte contre le dérèglement climatique. » L’Ademe vient ainsi de lancer un deuxiè­me appel à projets, Avelo2, pour accompagner les terri­toires de moins de 250 000 habitants (dotés d’une ville centre de moins de 100 000 habitants) dans cette transition. Les maillots jaunes du quotidien feront-ils oublier les gilets jaunes ? « Les gens en ont assez de payer du carburant pour rejoindre une gare à 5 ou 10 kilomètres, où ils prennent le train pour aller travailler, estime Catherine Pilon. Ces trajets seraient tellement moins coûteux à vélo mécanique ou électrique, sur des routes départementales sécurisées. De nombreux ménages économiseraient l’achat d’une deuxième voiture. » C’est ainsi que le Club des villes et territoires cyclables, la FUB et Vélo et territoires ont plaidé auprès des députés et du gouvernement pour introduire plusieurs amendements sur le vélo dans la loi Climat et résilience. Dont une prime à la conversion de sa vieille voiture, non pour en racheter une moins polluante, mais pour acquérir un vélo électrique. L’amendement a été adopté par les députés en mai, et sera soumis aux sénateurs en juin. Un acte législatif qui pourrait marquer un tournant dans les mentalités. Et consacrer le vélo comme un moyen de transport à part entière, au-delà du simple loisir.

1) Le mot est entré dans le dictionnaire Petit Larousse en 2021.

2) Auteur de l’ouvrage Le retour de la bicyclette,
Éd. La Découverte, 256 p. ; 10 €.

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